2009 avait permis de miser sur des revalorisations sectorielles, et ceux et celles qui se s’étaient placés au printemps dernier sur le secteur de l’automobile, des parapétrolières, de l’assurance ou encore des banques, ne l’auront sans doute pas regretté.

En revanche, ce début d’année confirme ce que certains gérants avaient déjà laissé entendre voici quelques semaines : 2010 sera l’année du stock picking ou ne sera pas. En effet, quand les marchés s’installent dans une phase de consolidation, comme il semble bien que ce soit le cas désormais, il s’avère plus judicieux de cibler des sociétés qui, dans leur secteur, offrent des perspectives prometteuses.

Le concert d’éloges qui, dans la presse nationale et sur internet, a accueilli voici deux semaines la publication des résultats de BNP PARIBAS pourrait laisser penser qu’elle est LA valeur à jouer dans le secteur bancaire.

Il est vrai qu’en affichant un résultat net de 5,8 milliards d’euros, deux fois supérieur à celui du CREDIT AGRICOLE, la plus grande banque française a surpris agréablement les marchés, et surperformé les estimations du consensus.

Il est tout aussi vrai que le CREDIT AGRICOLE et la SOCIETE GENERALE, pour ne prendre que ses deux challengers cotés sur la place de Paris, font pâle figure à côté d’elle.

Le CREDIT AGRICOLE pâtit d’un business model qui repose essentiellement sur les métiers traditionnels de la banque universelle. Ce positionnement a certes empêché que l’établissement ne soit trop exposé sur le plan comptable aux effets de la crise des subprimes et autres dérivés. Mais il l’a par ailleurs privé de toute possibilité de compenser la faible rentabilité de ses activités en matière de crédit.

Qui plus est, la banque verte a eu la mauvaise idée de se diversifier dans la banque d’investissement, juste avant que les BFI ne commencent à battre de l’aile, et de construire en partie sa croissance externe en misant en partie sur… la Grèce ! Si le récent rapprochement de ses activités de trading avec celles de la SOCIETE GENERALE va engendrer des synergies, et donc des économies d’échelle, la Grèce risque pour sa part de rester un boulet un peu lourd à porter dans les mois à venir.

Il n’en va pas autrement pour la SOCIETE GENERALE, qui continue de payer les risques importants qu’elle avait pris sur les marchés financiers, et qui souffre elle aussi de sa politique de croissance externe, tournée en bonne partie vers les pays de l’Est et la Russie.

Par comparaison, BNP PARIBAS a su, d’un côté, pallier la baisse du marché du crédit par ses activités de trading, sans pour autant s’exposer autant que la SOCIETE GENERALE – non pas grâce à une « vision » particulièrement éclairée des marchés, mais tout simplement parce que Michel Pébereau, en son temps, avait souhaité encadrer ce type d’activités.

Et, par ailleurs, elle a su profiter de la crise pour s’accroître de manière beaucoup plus judicieuse que ses consoeurs , en rachetant à des conditions particulièrement avantageuses les actifs de FORTIS, comme chacun sait.

Ces éléments sont-ils suffisants pour assurer un bel avenir au titre ?

Ce n’est pas certain. Tout d’abord, le marché du crédit n’a pas encore montré de sérieux signes de reprise. Ainsi, ce jeudi, alors même que nous rédigeons ces lignes, on vient d’apprendre que le crédit aux entreprises, qui avait montré un regain de vigueur en janvier, est reparti à la baisse en février. Et que le chômage a encore augmenté, ce qui n’augure rien de bon pour les crédits à la consommation et, dans une moindre mesure, pour les crédits immobiliers.

De plus, comme nous le rappelions ci-dessus, si BNP PARIBAS a pu afficher une réelle bonne santé financière, c’est essentiellement grâce à ses activités de trading. Or, rien ne dit que celles-ci vont rester aussi florissantes au cours de l’année 2010 : si le CAC 40 décide de flotter assez durablement entre 3 500 et 3 900 points, il sera plus difficile de réaliser des opérations juteuses, que lorsque l’indice phare de la Bourse de Paris se revalorisait de plus de 40 %, comme ce fut le cas en 2009.

Par ailleurs, en ce qui concerne les activités de banque universelle, il convient de se souvenir que BNP PARIBAS est surtout implanté sur des marchés matures, dont les marges de progression sont beaucoup plus faibles que celles d’autres secteurs géographiques, comme ceux où opèrent pour partie SANTANDER ou HSBC.

Enfin, il continue de peser bien des incertitudes sur les contraintes réglementaires qui sont susceptibles d’être mises en place dans les mois à venir, que ce soit d’un point de vue comptable, quant aux ratios financiers qui seront exigés des banques par les instances internationales, ou en matière de fiscalité.

En conséquence, si les comptes de la plus grande banque française sont assurément rassurants, et que son avenir semble plutôt rose, il serait encore audacieux de parier sur une progression rapide du titre.

Dans notre dernier billet sur la valeur, daté du 8 octobre et intitulé « BNP PARIBAS, une valeur attractive ? », nous avions annoncé l’amorce d’un mouvement de consolidation, tout en précisant que l’« on pourrait entre autres assister à nouveau à une fausse sortie, comme celle qui a eu lieu fin septembre, en direction des 58 euros. » La configuration graphique montre que s’est exactement ce qui s’est passé depuis :

analyse graphique action BNP PARIBAS

Le titre a flotté entre 54 et 56 euros avant de s’envoler très momentanément au-delà des 59 en janvier, puis de corriger assez sévèrement, jusqu’à aller chercher le fort support des 47 euros. Depuis, il connaît une phase de rebond technique, mais il y a fort à parier qu’il évoluera encore quelque temps entre ce point bas, et la zone des 59-60 euros qui fait obstacle à son ascension.

Plaident aussi en faveur de cette analyse le fait que les volumes observés restent dans la moyenne des échanges depuis de très nombreuses semaines, et  que le canal dans lequel évolue la valeur, qui était franchement haussier à l’automne, est désormais légèrement orienté à la baisse.

Notre Botraider fait preuve de la même prudence, puisqu’il émet un avis neutre sur le titre, tout en conservant les actions qu’il a acquises cet été au prix de 56,80 euros l’une.

A court terme, le plus rentable semble donc de s’employer à acheter et vendre la valeur au sein de son trading range, si l’on est un investisseur un peu actif.

Tandis que sur le long terme, une fois les 60 euros franchis, on se donnera comme premier objectif un retour sur les niveaux du premier semestre 2008, soit 70 euros.